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PFAS dans l’eau potable : Analyse technique d’une nouvelle ère réglementaire pour les gestionnaires de l’eau

  • 25 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 févr.

Depuis le 12 janvier 2026, l’Union européenne franchit une étape majeure dans la protection de la santé publique et de ses ressources hydriques. La période de transition prévue par la Directive (UE) 2020/2184 (refonte de la directive sur l’eau potable) est désormais achevée.  

Désormais, la surveillance systématique et harmonisée des substances alkylées per- et polyfluorées (PFAS), constitue une obligation légale pour l’ensemble des États membres. 

 

1. Un cadre réglementaire à double seuil 

 

La directive impose le respect de deux valeurs limites distinctes, répondant à des logiques de surveillance complémentaires : 

 

La « Somme PFAS » (0,10 μg/l) 

Ce paramètre cible spécifiquement 20 substances individuelles jugées préoccupantes. Ces substances, listées à l’annexe III de la directive, comprennent 10 acides perfluoroalkylcarboxyliques (PFCA) et 10 acides perfluoroalkylsulfoniques (PFSA), avec des chaînes carbonées allant de 4 à 13 atomes. La valeur limite est fixée à 100 ng/l pour la somme de ces composés. 

 

Le « Total PFAS » (0,50 μg/l) 

Ce paramètre adopte une approche beaucoup plus vaste en visant la totalité des substances alkylées per- et polyfluorées. Sa valeur limite est fixée à 500 ng/l. L’objectif est de capter l’ensemble de la charge organique fluorée, incluant des milliers de molécules non couvertes par la « Somme PFAS ». 

 

Conformément à l’article 13, paragraphe 7, de la directive, et à la suite de consultations avec les États membres, des lignes directrices techniques (C/2024/4910) ont été publiées afin de préciser les méthodes d’analyse applicables à ces deux paramètres. 

 

2. Maîtrise analytique : Les exigences de la « Somme PFAS » 

 

L’évaluation des composés relevant de la « Somme PFAS » repose sur la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS). La norme EN 17892:2024, utilisées pour les analyses de référence, recommande deux approches méthodologiques :  

  • Partie A (Injection directe) : méthode rapide consistant à injecter directement l’échantillon d’eau potable non filtré dans le système LC-MS. 

  • Partie B (Enrichissement SPE) : méthode intégrant une extraction en phase solide (SPE) afin de concentrer l’échantillon. Elle offre une meilleure sensibilité et des limites de quantification plus faibles. 

 

3. Le défi technique du « Total PFAS » 

 

La mesure exhaustive des PFAS constitue un défi scientifique majeur, aucune méthode unique ne permettant de quantifier l’ensemble de ces composés aux propriétés variées. Trois méthodes d'approximation sont validées par la Commission : 

  1. Analyse TOP (Total Oxidizable Precursors)  

Cette méthode utilise une oxydation chimique pour transformer les précurseurs de PFAS en acides carboxyliques perfluorés quantifiables. Elle peut toutefois conduire à une sous-estimation, certains composés (notamment les éthers perfluorés) ne s’oxydant pas complètement. 


  1. EOF-CIC (Extractable Organic Fluorine)  

Elle mesure le fluor organique extractible via combustion et chromatographie ionique. Le résultat, exprimé en ng/l de fluor, est converti en équivalent PFOA à l’aide d’un facteur de 1,45 (345 ng/l F correspondant ainsi à 500 ng/l de Total PFAS). 

 

  1. LC-HRMS (Spectrométrie de masse haute résolution)  

Cette approche non ciblée permet de détecter un spectre de composés beaucoup plus large. Elle reste cependant semi-quantitative et requiert une expertise humaine de haut niveau pour interpréter les signaux et limiter les faux positifs. 

 

4. Le cas critique de l’Acide Trifluoroacétique (TFA) 

 

Le TFA est un PFAS à chaîne ultracourte (2 atomes de carbone) il se distingue par sa forte mobilité, sa persistance et son caractère hydrophile. Il est introduit dans le cycle de l’eau via la dégradation de pesticides, de fluides frigorigènes ou de rejets industriels. 

Dans de nombreux États membres, les concentrations mesurées dans les eaux brutes dépassent fréquemment le seuil de 0,50 μg/l, excédant ainsi la valeur paramétrique du « Total PFAS ». 

 

Pour tenir compte de cette spécificité, la Commission impose un protocole de rapportage en quatre étapes : 

  1. Mesurer le [Total PFAS] par une méthode d'approximation. 

  2. Mesurer spécifiquement le [TFA] par une méthode d'analyse ciblée conforme aux exigences de la directive. 

  3. Déclarer les trois valeurs : [Total PFAS], [TFA] et la différence [Total PFAS] – [TFA]

  4. En cas de résultat négatif, la mesure est considérée comme non concluante. 

 

5. Critères de performances  


Afin de garantir la fiabilité des mesures, la directive fixe plusieurs exigences analytiques au point de conformité : 

 

  • Limites de quantification (LOQ) 

La directive stipule que la LOQ globale doit être inférieure ou égale à 30 % de la valeur paramétrique, soit 30 ng/l pour la Somme PFAS. La Commission recommande toutefois une LOQ individuelle de 1,5 ng/l ou moins pour chacune des 20 substances. Concernant le paramètre « Total PFAS », cette valeur doit-être égale ou inférieure à 150 ng/l. 

 

Pour les composés les plus toxiques identifiés par l’EFSA (PFHxS, PFOA, PFOS, PFNA), des limites encore plus basses sont recommandées. 

 

  • Incertitudes de mesures 

La directive fixe une incertitude de mesure élargie maximale de 50 % au niveau de la valeur paramétrique. En pratique, les laboratoires européens obtiennent généralement de meilleures performances, avec des incertitudes comprises entre 18 % et 39 % selon la méthode utilisée. 

 

  • Validation des mesures 

À ces niveaux d'ultra-traces (ng/l), les conditions environnementales et de laboratoire deviennent le facteur limitant. Ainsi les États membres veillent à ce que les méthodes d’analyse utilisées à des fins de surveillance et de démonstration de la conformité à la présente directive soient validées et étayées conformément à la norme EN ISO/IEC 17025 ou à toute autre norme équivalente reconnue à l’échelle internationale. 

 

  • Limites actuelles 

 Contrairement à la « Somme PFAS », les méthodes pour mesurer le « PFAS Total » ne sont pas encore pleinement harmonisées à l’échelle européenne. Les données disponibles concernant les incertitudes et les LOQ restent limitées, ce qui complique l’évaluation du respect des critères réglementaires pour ce paramètre global.

 

6. Actions immédiates en cas de dépassement 

 

L'entrée en vigueur de ces exigences implique que toute non-conformité doit déclencher des mesures correctives immédiates pour protéger la santé publique.  

 

Les gestionnaires, sous la supervision des autorités nationales, doivent : 

  • Informer la population de manière transparente sur les risques et les précautions à prendre. 

  • Fermer les puits ou captages où les niveaux de PFAS sont excessifs. 

  • Mettre en œuvre des étapes de traitement spécifiques (charbon actif, résines échangeuses d'ions ou osmose inverse) pour éliminer les polluants. 

  • Restreindre l'usage de l'eau si nécessaire, tant que les niveaux ne sont pas revenus sous les seuils réglementaires. 

 

Conclusion 

L'application de ces dispositions s'inscrit dans le plan d'action « Zéro pollution » de l’UE. Le nouveau dispositif de rapportage impose désormais la transmission systématique des données relatives aux dépassements et aux incidents. 


Au-delà du contrôle au robinet, la conformité repose sur une approche globale intégrant l’évaluation des risques dès les zones de captage. L’anticipation des sources de pollution, associée à la maîtrise de protocoles analytiques complexes (notamment pour le Total PFAS et le TFA), constitue un levier essentiel pour une gestion durable et sécurisée des ressources en eau. 


 

Auteurs: Floriane DEMAILLY & Loris MISTRULLI


Références : 

  • Directive (UE) 2020/2184 : Directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (refonte), JO L 435, 23.12.2020, pp. 1–62. Disponible sur : http://data.europa.eu/eli/dir/2020/2184/oj (consulté le 24/02/2026). 

  • Communication de la Commission C/2024/4910 : Lignes directrices techniques relatives aux méthodes d’analyse pour la surveillance des substances alkylées per- et polyfluorées (PFAS) dans les eaux destinées à la consommation humaine, JO C, C/2024/4910, 7.8.2024. Disponible sur : http://data.europa.eu/eli/C/2024/4910/oj (consulté le 24/02/2026). 

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