Questions des toxicologues sur l’évaluation de la sécurité des cosmétiques – Webinaire COSMETICK
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Perturbation endocrinienne, Marges de sécurité et lacunes toxicologiques dans l’évaluation de la sécurité des cosmétiques.
Lors de notre récent webinaire COSMETICK sur l’évaluation de la sécurité des cosmétiques, qui s’est tenu le 19 février 2026, les participants ont posé de nombreuses questions pertinentes portant sur les lacunes toxicologiques, le calcul de la Marge de Sécurité (MOS), la perturbation endocrinienne et les approches modernes sans utilisation d’animaux.
Ces questions reflètent les défis auxquels sont confrontés les évaluateurs de la sécurité lorsqu’ils travaillent sur les ingrédients et formulations cosmétiques.
COSMETICK est une base de données toxicologique dédiée aux cosmétiques, associée à un outil digital d’évaluation du risque cosmétique, conçue pour structurer et faciliter l’évaluation de la sécurité des produits.
Perturbation endocrinienne : quelles données les bases toxicologiques peuvent-elles fournir ?
Plusieurs participants ont demandé si les profils toxicologiques de COSMETICK incluent des données sur la perturbation endocrinienne.
De manière plus générale, les bases toxicologiques jouent un rôle clé en rassemblant et structurant les données scientifiques utilisées dans l’évaluation de la sécurité des cosmétiques.
La classification réglementaire des perturbateurs endocriniens selon le Règlement CLP reste encore récente. En mars 2026, l’Annexe VI ne contient qu’une seule substance classée comme perturbateur endocrinien, et uniquement pour les effets environnementaux : le propylparaben.
Cependant, les toxicologues ne se basent pas uniquement sur les classifications harmonisées. Lors de l’évaluation d’une activité endocrinienne potentielle, ils consultent diverses sources scientifiques, incluant les bases de données internationales et les programmes de criblage tels que les listes SVHC, les bases de données liées aux perturbateurs endocriniens et les initiatives comme ToxCast.
Lors de la création d’un profil toxicologique, COSMETICK examine donc ces sources pour identifier d’éventuels signaux. Si une substance n’apparaît pas dans ces listes dédiées à la perturbation endocrinienne, cette absence est documentée. Lorsque des études pertinentes sont disponibles, elles sont résumées et référencées.


De nombreuses études liées aux effets endocriniens sont de type mécanistique ou criblage et ne suivent pas toujours les Lignes Directrices OCDE. Bien que ces études seules ne suffisent pas à démontrer une perturbation endocrinienne, elles contribuent à une évaluation de type "weight-of-evidence" combinant données in silico, in vitro et in vivo.
Ainsi, les données liées à la perturbation endocrinienne restent souvent incomplètes ou hétérogènes. Les profils toxicologiques fournissent donc un aperçu de criblage, mettant en évidence les signaux potentiels et encourageant une évaluation complémentaire si nécessaire.
Du profil toxicologique à la Marge de Sécurité (MOS)
Une fois le profil toxicologique d’un ingrédient établi, l’étape suivante pour le toxicologue consiste à identifier le Point de Départ (PoD) utilisé dans l’évaluation des risques. Dans la majorité des cas, cette valeur correspond au NOAEL, bien qu’un BMDL puisse également être utilisé si disponible.

En évaluation de sécurité cosmétique, le PoD sélectionné doit refléter l’effet indésirable le plus pertinent après exposition systémique répétée. L’exposition à long terme est particulièrement importante, car certains ingrédients peuvent être présents dans des produits utilisés quotidiennement, parfois dans plusieurs produits simultanément.
Les études subchroniques sont donc généralement privilégiées pour déterminer le PoD. Si ces données ne sont pas disponibles, une valeur peut être dérivée d’études de courte durée ou d’un LOAEL en appliquant des facteurs d’ajustement. L’objectif n’est pas simplement de retenir la valeur la plus basse de la littérature, mais celle qui reflète le mieux l’effet toxicologique le plus pertinent.
Le choix du PoD fait souvent l’objet de discussions entre toxicologues. Appliquer une méthodologie cohérente est donc crucial pour garantir que les évaluations restent transparentes et reproductibles.
Une fois le PoD défini, la sécurité est évaluée via la Marge de Sécurité (MOS), calculée comme le ratio entre le PoD et la Dose d’Exposition Systémique (SED). Selon les Notes de Guidance SCCS (2023), une MOS de 100 est généralement considérée comme suffisante pour les ingrédients cosmétiques. Dans certains cas, des facteurs supplémentaires ou des données toxicocinétiques spécifiques peuvent justifier des ajustements.
Ces calculs soutiennent en fin de compte la préparation du Rapport de Sécurité Cosmétique (RSPC/ CPSR) requis par le Règlement Cosmétique Européen.
Combler les lacunes toxicologiques dans l’évaluation des cosmétiques
Les lacunes de données sont un défi fréquent en toxicologie. Une des raisons est que les fournisseurs d’ingrédients cosmétiques ont souvent des obligations réglementaires limitées concernant les études toxicologiques. En Europe, la conformité au Règlement REACH est requise, mais certaines études ne sont obligatoires qu’à des niveaux de tonnage annuels plus élevés, comme les tests de micronoyaux, certaines études de toxicité reproductive ou de cancérogénicité.
D’autres paramètres ne sont pas systématiquement couverts par REACH. Par exemple, les données sur la perturbation endocrinienne ou les études de phototoxicité peuvent être nécessaires pour des exigences réglementaires ou de sécurité spécifiques, mais elles ne sont pas toujours disponibles.
Une lacune fréquente concerne également l’identification des niveaux sans effet pour les effets locaux, tels que l’irritation cutanée ou la sensibilisation cutanée, pourtant essentiels dans l’évaluation de la sécurité cosmétique.
La première étape consiste donc à réaliser une revue complète des informations toxicologiques disponibles. Lorsque la lacune est confirmée, des approches alternatives peuvent être envisagées avant de générer de nouvelles données expérimentales.
Ces approches incluent les modèles in silico, les prédictions QSAR ou les stratégies de read-across, fournissant des indications à un niveau de criblage. Dans les profils toxicologiques, ces prédictions permettent d’identifier si un jeu de données manquant est susceptible de représenter un faible risque ou nécessite une investigation plus approfondie. Pour les impuretés, des niveaux sûrs peuvent être identifiés via le concept de Seuil de Préoccupation Toxicologique (TTC).
En pratique, l’évaluation finale repose sur une approche pondérée des preuves, combinant données expérimentales disponibles et outils prédictifs.
Questions illustrant l’évolution des pratiques en évaluation de la sécurité
Les questions posées lors du webinaire COSMETICK montrent comment l’évaluation de la sécurité des cosmétiques continue d’évoluer. Les toxicologues doivent non seulement accéder à des données fiables, mais aussi les interpréter via des méthodologies transparentes et reproductibles.
La sélection du Point de Départ, le calcul de la Marge de Sécurité et la gestion des lacunes de données restent des étapes centrales du processus. Dans la pratique, les évaluateurs de sécurité s’appuient de plus en plus sur une combinaison de données toxicologiques structurées, d’approches pondérées et d’outils prédictifs.
Dans ce contexte, les bases toxicologiques jouent un rôle clé en organisant l’information scientifique et en facilitant son interprétation. En structurant les profils toxicologiques et en mettant en évidence les paramètres clés pour l’évaluation des risques, ces outils aident les toxicologues à naviguer dans des ensembles de données complexes tout en maintenant une évaluation scientifiquement robuste.

Aujourd’hui, l’évaluation de la sécurité cosmétique repose de plus en plus sur des bases de données toxicologiques structurées et des outils digitaux d’évaluation des risques cosmétiques. Des outils comme COSMETICK soutiennent les toxicologues en fournissant des profils toxicologiques structurés et en facilitant les flux de travail liés à l’évaluation des risques cosmétiques.
Autrice : Clarisse Bavoux



